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Archives de Catégorie: Musique

La paresse de Parcels

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Oh certes, tout cela est parfaitement léché; et le Monde célébrait en janvier dernier un groupe qui célébrait « les noces de Daft Punk et des Bee Gees ». On pourrait rêver pire comme ascendance, ou comme bonnes fées penchées sur un berceau.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, ne voile-t-il pas que, oh heureux hasard, c’est Daft Punk qui produit le nouveau single du groupe, « Overnight ».

Ça sent le tube de l’été à plein nez; à vrai dire on dirait la suite de Get Lucky; dans quelques jours on devrait pouvoir trouver sur Youtube un méga mix des 2.

L’hommage est tellement fort au funk des années 70 que, là où Get Lucky incluait au moins quelques passages vocodés « pour faire moderne », ici on se demande vraiment où se situe la limite entre l’inspiration, l’hommage, la parodie, et la simple répétition d’un tube de l’été de Kool and the gang, circa 1978. De mon point de vue, on est plus proche de la paresse d’une belle imitation, fort réussie, que d’un réel travail sur le son ou l’ambiance de l’époque.

C’est d’autant plus dommage que quelques passages de leurs morceaux précédents laissaient croire qu’ils avaient plus de subtilité ou une richesse d’influence plus grande. A suivre donc.

Harry Styles, Sign of the times : il a tout d’un grand

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On n’attendait pas grand chose d’un premier single de Harry Styles, le beau gosse chevelu des One Direction. On ne savait même pas qu’il devait en sortir un.

Et pourtant, il faut reconnaître que les directeurs artistiques de Universal ont fait du très beau boulot. Terminée la pop prépubère et les titres kleenex de 1D, le premier single de Styles est une franche réussite.

Il est beau comme un dieu, mais maintenant fringué comme un dandy, il ose le tartan, le tweed, le velours, les chemises à jabot et les imprimés Paisley; bref c’est le beau gosse gentleman anglais qui nous propose un slow pop rock qui tue, quelque part entre Robbie Williams et David Bowie, et il tape dans le mille.

La mélodie est puissante, la voix superbe, l’interprétation fine et sans défaut, la production d’un goût parfait, on se dit que ce Styles a un beau chemin devant lui à parcourir s’il maintient ce subtil équilibre… Et vu son sourire à 1:31 quand la musique démarre et que la chanson décolle, il le sait parfaitement, le savoure et en profite… Good job, Harry !

Jamiroquai, Cloud 9, same old…

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Tu aimes les grosses voitures, les top models féminins qui dansent dans des vidéos, le jazz funk un peu rance et les paroles bravaches ?

Jay Kay de Jamiroquai aussi, et ça fait 20 ans que ça dure. Le précédent single de son nouvel album, Automaton, avait heureusement surpris; celui-ci montre qu’il est de retour aux bons basiques. On n’attendra pas avec impatience sa tournée des festivals cet été.

Carpool Karaoke – la série, mais chez Apple

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Carpool Karaoke, c’était cette séquence ultra sympa du Late late show de James Corden, devenu un phénomène Youtube, et dans laquelle de plus en plus de stars se pressaient pour passer 12 minutes de camaraderie et de bonnes vibes avec le bon gars James. Bon, parfois ça se voyait un peu trop que c’était forcé, n’est-ce pas Madonna, mais en général ça donnait vraiment de bons moments.

Et puis voilà que la nouvelle est tombée : ça devient une série, avec sa 1ère saison, sans James Corden -ou presque-, et c’est sur Apple Music. Autant dire que tout ce qui faisait l’intérêt de la séquence, la camaraderie, le côté un peu improvisé, tout ça c’est fini, maintenant on est dans un show marketé et vendu par la Pomme, et tout devient « larger than life » : au lieu d’aller au Mc Do comme avec Serena Gomez, maintenant c’est toute une fanfare qui vient jouer autour de la voiture; ou carrément un hélicoptère qui transporte les invités.

L’exemple typique du concept qui non seulement va perdre de la saveur, mais va même devenir répulsif, en devenant un produit marketing trop calibré. Dommage.

Pierre Barouh, au cabaret de la dernière chance

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Acheter un peu par hasard, chez un libraire roubaisien bien connu de la place de la Gare, le dernier numéro de La Revue Dessinée.
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Y découvrir, en ouverture de ce  numéro hiver 2016, l’histoire dessinée de Saravah Records, le label de Pierre Barouh.
Etre fasciné par cette évocation d’un mythique été 72 avec la bande de Saravah à Carpentras et Vaison la Romaine où, convaincu d’être bientôt à sec, Pierre Barouh investit ces 2 villes pendant tout l’été avec ses amis
Trouver l’album « 50 ans de Saravah » sur Napster et l’écouter 2 fois dans la matinée

http://fr.napster.com/embedded-player/?g=242406904BAA3445E050960A3903252D&ocode=social_user&pcode=social_user&cpath=Embed&rsrc=album#/albums/alb.241244861

Flasher sur le « Au kabaret de la dernière chance » d’Olivia Ruiz : est-ce une reprise ? une création perso ? a-t-elle été signée sur Saravah ? [a priori, les paroles de la chanson ont été écrites par Pierre Barouh, et Olivia Ruiz en fait une reprise pour le label…]
Découvrir après quelques recherches cette merveilleuse version d’Yves Montand

Redécouvrir aussi parmi les artistes maisons Bastien Lallemand, Albin de la Simone…
Déplorer un léger manque de musique brésilienne dans cette compilation.
Quelques jours après, apprendre la disparition de Pierre Barouh à 82 ans.
Life’s a bitch.
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Jesus to a child, hommage à George Michael

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Il y a peu de titres que j’ai autant écouté que « Jesus to a child » de George Michael. Peu de titres qui m’aient autant ému, un morceau qui m’émeut toujours autant, une chanson qui m’émouvra sans doute toujours. Je l’ai ré-écoutée ce soir, alors que le décès de son auteur a été annoncé aujourd’hui, et j’ai, presque comme à chaque fois, eu la chair de poule en l’écoutant.

Il y a bien sûr de nombreuses raisons personnelles qui font que ce titre signifie autant pour moi depuis sa sortie en janvier 96, sur lesquelles je ne m’étendrai pas aujourd’hui.

Mais c’est, avant tout et surtout, parce que c’est une oeuvre magistrale et une chanson magnifique.

C’est une bossa nova lente et triste, presque iconique. Calme et digne, une longue plage instrumentale l’ouvre avec élégance. La production, plus de 20 ans après, est intemporelle et aussi fraîche qu’au jour de la sortie.

La voix de George Michael arrive bientôt, « kindness in your eyes… », plus haute qu’à l’accoutumée, presque frêle, délicate, incroyablement expressive, sensible et contrôlée. On a l’impression que chaque intonation, chaque soupir, chaque accent ont été mûrement réfléchis pour créer une émotion maximale. Et c’est exactement l’effet produit. Ça marche.

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Le refrain, « when you find love, when you that it exists », est bien sûr une puissante affirmation musicale, une mélodie absolument imparable, et surtout une affirmation de la force de l’amour qu’il a ressenti, d’un effet véritablement irrésistible. Pour La Rochefoucauld, dans ses « Maximes », « Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux, s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour ». Ce soir, je paraphraserai volontiers La Rochefoucauld pour dire qu’ ‘il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux, s’ils n’avaient jamais entendu Jesus to a Child de George Michael ».

Aujourd’hui, on en sait beaucoup plus sur cette chanson et sur la vie sentimentale de George Michael à l’époque. En plein conflit avec sa maison de disque Sony, fatigué par une tournée mondiale pour son album précédent « Listen without prejudice », il rencontre Anselmo Feleppa, un designer brésilien, fin 1990, qui devient son grand amour. Hélas, 3 fois hélas, il apparaît que Feleppa est malade du Sida, et il décèdera en mars 93, laissant un Michael dévasté et rempli de culpabilité. La légende dit que c’est après le décès d’Anselmo qu’il trouvera le courage de révéler son homosexualité à son mère. Si la puissance émotionnelle de Jesus to a Child est à la mesure de l’amour qu’il ressentait pour Feleppa, c’est à la fois une preuve par l’exemple de la sublimation d’une douleur personnelle dans une oeuvre d’art; et aussi pour George Michael une perte dont il ne se remettra sans doute jamais totalement.

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George Michael et Anselmo Feleppa, photo Louie de Fillipis

Gala nous en dit un peu plus sur l’histoire de George Michael et Anselmo Feleppa.

Et Kurt Corbeille signe un excellent article hommage à George Michael, l’homme qui a inventé les années 90.

Défense et illustration de JUL

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Un journaliste – courageusement anonyme- d’Ouest-France hier s’est fait plaisir hier en descendant proprement le rappeur Jul dans un court article, intitulé « On sort! » – et s’est payé un joli succès viral sur Twitter et ailleurs (19 000 RT pour ce tweet quand même…)

On y lit notamment que le dernier album du rappeur marseillais, « L’ovni », est « une catastrophe industrielle majeure », rempli « d’instrus putassiers », et que Jul a « un talent d’écriture digne d’un enfant de CE2 en route pour un 3ème redoublement », et s’étonne que le disque soit disque de platine et que le Zénith de Nantes soit complet pour ce concert. Coup de pied de l’âne – ou in cauda venenum, la photo du rappeur est sous titrée « Jul, le Zlatan du rap français, le talent en moins ». Ouch !

On est surpris de tant de causticité, et si on peut apprécier la plume acérée et le côté pamphlétaire – pourtant assez facile – de l’article, on se demande néanmoins ce qu’un tel article fait dans Ouest France, d’habitude bien plus placide; et on se demande aussi ce qui a pu justifier un tel déferlement de critique sur le pauvre Jul. On aimerait d’ailleurs voir Ouest France aussi remonté, quand ils passent à Nantes, contre les insupportables roucoulades de Kendji, ou contre l’inanité de M. Pokora et son sinistre album de reprises de Claude François, mais il faut croire qu’il s’agit là de production de grande qualité. On se dira que les cultures urbaines sont encore loin d’avoir convaincu tout le monde, et qu’un certain bon goût a plus de mal à tolérer les artistes appréciés dans les quartiers que les gagnants de The Voice…

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Oh certes, on ne prétendra pas non plus que Jul est l’artiste du siècle, et il y a peu de chances que les paroles de « Wesh alors » soient l’objet d’études en cours dans 15 ou 20 ans, quand les kids d’aujourd’hui seront devenus prof de français.

Pourtant, j’aurais la faiblesse de croire qu’on n’est pas impunément n°1, et que JUL propose quelque chose que les autres rappeurs français peinent à atteindre; et ce quelque chose pourrait être une vraie simplicité, une épure, une accessibilité, un côté « vie réelle » qui le met à part des autres.

Les instrus, jugés « putassiers », sont plutôt d’une grande simplicité, finalement très sobres, peu variés, facilement imitables; mais toujours dynamiques, positifs et faciles à intégrer.

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Les textes tournent principalement autour de Jul, sa vie, ses copains, ses sorties. On admettra qu’il n’y a pas vraiment d’envergure, tout cela est sans prétention, « no prise de tête » en gros. Il y a pourtant quelques rimes drôles ou originales (YMCA / canon scié, fallait oser !), des morceaux assez ambigus comme ce « Elle et l’autre » dont on ne comprend pas trop de laquelle Jul est sous le charme. Et si l’ensemble n’est pas vraimentremarquable, je pourrai néanmoins y voir des vertus pédagogiques, sur le thème « toi aussi tu peux écrire aussi bien que Jul, pas difficile de faire au moins aussi bien ».

Ce qui est vraiment personnel, c’est la faconde, l’abattage, le charisme du rappeur; sa manière inimitable de caser des petites mélodies, des hooks, des répétitions et des jeux de mots un peu partout. Et ce côté hypnotique d’un auto-tune utilisé sans aucune vergogne, à vrai dire comme une bonne moitié de la production rap du moment, mais ici tellement artificiel qu’il en devient presque une affirmation artistique.

On ne passera pas sous silence le côté visuel des productions de JUL, là aussi d’un kitsch désarmant et inimitable. Le clip de « L’ovni » atteint même des sommets avec ce plan où Jul, sur son scooter en compagnie d’extra-terrestres à la coupe de cheveux « jul-ienne », s’élance dans les airs au dessus de Marseille et échappe ainsi à un barrage de policiers, qui bien sûr le saluent en faisant le signe de JUL…(belle invention d’ailleurs, que ce signe de Jul, pour un artiste qui n’est censé avoir aucun talent…)

signe-de-jul

Je sais, j’ai l’air de faire moi-même de l’ironie sur le sujet, mais c’est plutôt avec une réelle tendresse que j’en parle. Oui, tout cela est bancal, mal foutu, un peu naze, pas vraiment fini, et je crois sincèrement que c’est ce côté foutoir bordélique et prolifique qui plaît tant aux ados de 2016; et si cela peut leur donner envie de mettre le pied à l’étrier, d’acheter un synthé ou de programmer leur premier instru, d’écrire un texte où ils parlent d’une sortie entre potes au Mc Do, bref s’il peut décomplexer son public et leur donner envie de faire la même chose que lui, eh bien Jul aura servi à quelque chose…

(une version légèrement remaniée de cet article a aussi été publiée sur le site medium.com)

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