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Un taxi mauve : l’Irlande vue par Michel Déon avec maestria

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Un taxi mauve Folio.jpgAprès une bonne demi-douzaine de voyages en Irlande, c’était presque anormal que je n’ai pas encore lu Un taxi mauve, le roman de Michel Déon, une de ses oeuvres dont le Guide du Routard prend grand soin à vous retracer les lieux dans le chapitre consacré au Comté de Clare, comme si qui que ce soit avait le livre, vu le film ou s’en souciait le moins du monde. Le Routard a parfois ses lubies, sans doute lu à un rédacteur littéraire il y a 15 ou 20 ans, et que personne n’a osé remettre en cause. Et puis il n’y a pas tant de romans français que ça qui se passent en Irlande, on attend toujours que Houellebecq s’y mette.
Bref, j’ai pris ce Taxi mauve comme compagnon de lecture de mon dernier voyage en Irlande (Comtés de Down et d’Antrim, pour les curieux), et j’ai été charmé par ce texte.
Michel Déon.jpg
Il m’a d’abord semblé plus vieux que sa date de parution, 1973. Michel Déon y décrit un monde où l’on attend des coups de fil pour le lendemain au pub du village, où l’électricité  n’est pas arrivée dans toutes les maisons, où l’on n’ose aller au restaurant d’un hôtel parce qu’on n’a pas de tenue de soirée mais juste un pantalon de velours et un chandail. Un monde aussi d’une grande bonhomie vis à vis de sujets sur lesquels nous sommes plus stricts, la consommation d’alcool, les remarques douteuses sur les adolescentes, les plaisanteries graveleuses sur un couple gay installé dans la ville. Peut-être Michel Déon était-il simplement un peu réac, ou de son temps…
Ce qui charme surtout dans le Taxi Mauve, c’est le style et le don de conteur. La langue est belle, ample, travaillée; tout en restant simple et sans ostentation inutile. En faisant découvrir à une amie une demeure abandonnée : « Dans la belle lumière gaie du matin, ce spectacle qui aurait dû nous sembler désolant nous frappa au contraire par son romantisme théâtral ». Ou encore, en rentrant d’une chasse où le narrateur a failli s’embourber dans des sables mouvants, « Jamais je n’ai goûté avec un tel délice, la pureté de l’air respiré, la grâce élancée des arbres dénudés, l’odeur médicamenteuse des tapis de feuilles mortes ». Oui, peut-être un peu trop d’adjectifs, peut-être des passés simples et des imparfaits du subjonctifs qui sonnent aujourd’hui bizarres, mais un vrai plaisir de lecture. Et quelques comparaisons et remarques savoureuses, dont on se demande aujourd’hui quel est le sens, comme cette comparaison de filles qui se parlaient sans se regarder « comme le font les poinçonneuses du métro ». Comprenne qui pourra, ou plutôt délicieuse plongée dans un monde disparu. Il faut déjà des notes de bas de page pour comprendre Déon.
Un taxi mauve Noiret Rampling.jpg
Le don de conteur, c’est celui d’une histoire qui nous emporte, de ses personnages hauts en couleur, des fréquentes incises et adresses au lecteur du narrateur; bref une mécanique du récit imparable qui fonctionne fort bien. On se souviendra longtemps de Taubelman – double maléfique et fascinant de l’écrivain bien sûr -, de sa fille Anne la muette, des 3 rejetons Kean, Jerry le petit dernier, Moïra l’actrice et Sharon la princesse, et bien sûr du Docteur Scully dans son taxi mauve – on apprécie d’ailleurs qu’aucune raison n’y soit donnée. L’imagination de Déon est fertile, le récit, bien que maîtrisé, part dans plusieurs directions, revient sur lui-même, donne des fausses pistes et des raccourcis, et aborde finalement quantité de sujets.
Ce qui est moins, voire beaucoup moins réussi dans le livre, c’est la crédibilité psychologique et la profondeur de ces personnages, auxquels à vrai dire on ne croit guère. On a peine à différencier Moïra et Sharon, la crédibilité du destin de princesse de celle-ci est très faible, les états d’âme du narrateur, qu’on comprend peu à peu, paraissent au mieux inconsistants, pour ne pas dire ridicules. Certains personnages sont proches du clichés, comme la logeuse Mrs Colleen, ou les ivrognes du pub; et l’on finit par se dire que Déon a quelque part fait un roman irlandais réunissant presque tous les clichés possibles sur le sujet, avec, on en conviendra, une certaine maestria.
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