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Soumission, un « petit » Houellebecq

Publié le

soumission tranche

Soumission, tellement houellebecquien

C’est ce qui frappe à la première lecture de l’oeuvre : on est parfaitement dans un territoire connu, celui de Houellebecq, tel qu’on le connaît depuis une bonne vingtaine d’années maintenant. Un héros un peu veule, déprimé; une société absurde et dépourvue de sens, une grande attention portée aux détails, à la vie quotidienne. Un style un peu blanc, mais détaillé, précis, sans une once de gras, profondément encré dans son temps. D’un point de vue littéraire, ce livre ne mérite pas la tornade médiatique qu’il a suscitée; on pourrait presque lui reprocher une certaine « petite musique houellebecquienne » qui commencerait un peu à tourner en rond…

Jusqu’à l’aspect provocation sur le thème abordé de la prise de pouvoir d’un parti musulman, on est finalement dans une habituelle recherche de provocation, faut-il s’en offusquer plus que de raison, ou le considérer comme une manière d’aller au paroxysme de situations, de personnages, d’intrigues…?

 

Soumission, ou le roman de la démission des élites

François, le héros du livre, c’est aussi le héros d’une élite qui ne veut plus assumer son fonction et sa mission. Ce professeur d’université qui, en pleine quarantaine, constate placidement que sa période de production intellectuelle est finie. Qui accepte joyeusement, quasiment sans réfléchir, une proposition de mise à la retraite anticipée d’une bonne vingtaine d’années. Qui ne croit absolument plus en ce qu’il est censé défendre, sur la place et la valeur de l’art, de la culture. C’est peut-être une interprétation personnelle, mais je vois une dimension moralisatrice à ce roman, sur le thème « voilà ce qui peut arriver si nous ne croyons pas ou plus en nous-mêmes »…

 

Michel Houellebecq, photo Europe 1

Michel Houellebecq, photo Europe 1

Soumission, dans un quotidien extrême

Une des forces de Houellebecq, c’est de toujours inscrire ses livres, ses personnages dans un quotidien très réaliste, qui est le nôtre, qui nous parle, qu’il analyse et fait ressortir comme personne. C’est encore une fois le cas, brillamment, ici; et aussi quand il se projette dans ce qui pourrait être le quotidien d’une autre France. Quel auteur tire des enseignements d’une situation en examinant les rayons du Casino de son quartier ? Qui disserte sur les délais de livraison d’un sushi et la manière de les gérer ? Sur l’évolution des commerces de la galerie d’Italie 2 ? Sur les menus des hôtels de Rocamadour ? Cette littérature du réel n’appartient qu’à Houellebecq, et il y est toujours aussi pertinent.

 

Soumission, littéraire, tellement littéraire

Oui, j’ai lu Huysmans moi aussi, A rebours seulement, et son personnage principal le fameux Des Esseintes. Il y a bien 25 ans. J’en ai gardé un bon souvenir, même si plus très précis je dois avouer. Un des charmes de ce Soumission, c’est de réussir le tour de force d’axer une grande partie du livre sur la relation du héros avec son objet d’étude, Huysmans donc, qui l’accompagne dans son cheminement, et en qui il trouve des références, un support, une inspiration, ou au contraire un exemple à ne pas suivre. Bref, quoi q u’on en dise – et sans doute un peu en contradiction avec le thème de la démission des élites, pour le héros la littérature c’est quand même la seule chose qui veuille encore dire un peu quelque chose dans sa vie, enfin il ne lui reste plus grand chose d’autre. Et si toute l’oeuvre de Huysmans tend vers la conversion au catholicisme – c’est du moins la thèse de Houellebecq – , alors celle du héros à l’Islam peut aussi s’expliquer ainsi. Oui, la littérature qui modèle la vie, seul un écrivain français peut écrire une telle chose, non ?

Joris-Karl Huysmans (photo Babelio)

Joris-Karl Huysmans (photo Babelio)

 

Soumission, une politique fiction faiblarde

Oui, ce qui gêne aussi dans ce livre, c’est la complaisance. Avec laquelle l’auteur envisage les conséquences de la situation qu’il met en place. La complaisance dans la déliquescence d’un pays. La complaisance dans la perte de beaucoup de repères moraux. Cette manière d’envisager la polygamie comme parfaitement justifiée. Oui, il veut nous choquer, mais n’est-ce pas un peu mou, ou alors de la provocation à la petite semaine ? Cela dit, affirmons-le aussi, l’intérêt de ce livre n’est pas celui de la politique fiction. Elle est quand même assez hâtivement construite, n’a pas grand sens, ne va pas au bout de ses idées, et est finalement très peu convaincante. Non, c’est vraiment une étude de caractère; y voir une portée sociale ou politique serait faire fausse route. Ou emprunter une route qui ne mène pas très loin.

 

Soumission, un petit Houellebecq

Au global, Soumission est donc un roman typique de son auteur, avec ses qualités, ses bons côtés (la référence à Huysmans est particulièrement bien réussie), mais aussi avec de vrais défauts. La construction est bancale, et la 2ème partie du livre est nettement moins enlevée. L’évolution psychologique du narrateur qui mène à sa conversion est trop schématique, cousue de fil blanc, peu convaincante. La très fine attention au quotidien qui irrigue toute la première partie disparaît tout à fait dans la seconde, ou vire au cliché. On sent que Houellebecq, embarqué par son sujet, ou habité par une volonté de provoquer ou de choquer, n’a pas maîtrisé la fin de son roman. Dommage.

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