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Le chardonneret, Donna Tartt : un roman monde

Publié le

J’ai vécu ces 3 derniers mois avec toi. Avec des hauts et des bas, des phases de grand amour, des phases d’abandon, des phases de dialogues courts et réguliers, et une incroyable fin des 10 dernières pages où je n’arrivais à te lire que 2 pages par jour. Mais j’ai tenu, je me suis accroché, car il le fallait, tu ne te donnes pas facilement, tu réclames de l’attention, dans nos vies parfois si chaotiques et si encombrées d’occupations inutiles tu as exigé de moi temps et disponibilité, mais je suis venu à bout de toi. Tu savais que je le ferais. Par rapport au temps passé avec toi, tes 23 € d’achat paraissent presque ridicules. On oublie qu’en rapport coût / temps de loisirs, les livres sont souvent imbattables…

chardonneret - couverture

Par ton intermédiaire, j’ai aussi vécu ces 3 derniers mois avec tes personnages, avec Theo, avec Boris, avec Hobbie, avec Pippa, avec Xandra, avec Kitsey et tant d’autres encore. J’ai peut-être même plus vécu avec certains, pensé à eux, réfléchi sur ce qu’ils faisaient, qu’avec beaucoup des « vrais » gens que je croisais dans la vie. N’est-ce pas le propre de tout livre un peu ambitieux ? Car tu as réussi à faire vivre ces personnages, à me les faire apprécier, à me faire entrer en dialogue avec eux, à me demander pourquoi ils réagissaient ainsi, à savoir ce que je ferai à leur place, à essayer de comprendre ce qui les animait, et tout bêtement à me rendre impatient de découvrir ce qui allait leur arriver…

De quoi m’as-tu parlé ? Au premier abord, tu m’as parlé de l’histoire cet enfant, Theo, dont la mère meurt dans un attentat dans un musée de New York. Et comme tu as du souffle, tu as embrayé sur les 15 années suivantes, à peu près; sans fléchir, sans rien négliger, avec force rebondissements, retournements de situation, surprises; mais aussi des longues séquences de vie, passionnantes, à Las Vegas, à New York, à Amsterdam…

Avec toi, j’ai vécu le traumatisme d’un attentat, et celui de la perte d’un parent. J’ai vécu l’amour de New York, de ses restaurants, de ses boutiques, de ses rituels. J’ai vécu de longs étés dans une banlieue pavillonnaire de Las Vegas, écrasé sous le soleil, l’ennui et en même temps captivé par la découverte de l’amitié et de la vie. Je suis retourné à New York, j’ai travaillé chez un marchand de meubles anciens, j’ai vécu dans une grande famille bourgeoise, absolument exemplaire et bien sûr totalement dysfonctionnelle.

Donna Tartt, l'auteure

Donna Tartt, l’auteure

Mais, comme il se doit dans ce genre de livre, tu m’as aussi et surtout parlé d’autres choses. Tu m’as parlé de l’importance que peut avoir l’art dans une vie et de ceux pour qui il est presque plus important que la vie elle-même, tu m’as parlé de l’amitié, qui ne se commande pas, qui dure, même et surtout entre ceux qui ne ressemblent pas mais qui se trouvent tant de points communs, tu m’as parlé du deuil, qui ne se termine vraiment jamais mais qui nous aide à vivre, tu m’as parlé du lien filial et des nombreuses formes qu’il peut avoir, tu m’as parlé de la morale, tu m’as parlé d’une éthique du travail, tu m’as parlé de la vie de couple, tu m’as parlé des coups de foudre qui durent 15 ans, tu m’as parlé de tant d’autres sujets, certains anecdotiques, certains très intimes, qui étaient parfois dans une troublante résonance avec ma situation du moment, avec des expériences passées, et qui parfois m’ont aidé à affronter d’autres. Un vrai compagnon de vie.

Bien sûr, je ne suis pas le seul à avoir pensé ça. Pour Télérama, tu es « un maelström d’émotions, de sensations, de réflexions fondu dans les mots mêmes, sculpté dans une écriture violente, brutale et admirablement cinématographique », on ne peut qu’approuver. Pour Laurence Houot, de Culturebox, tu es « ce genre de roman, rare, qui donne un délicieux sentiment de vivre une autre vie, le temps de la lecture, et dont on a du mal à s’arracher, une fois le livre refermé », et c’est bien ce qui m’arrive. CBS nous apprend même que tu es la star d’une exposition de tableaux flamands à New York.

Il paraît que tu as reçu le Prix Pulitzer de la Fiction en 2014. Franchement, je ne vois pas qui d’autre on aurait pu imaginer pour l’avoir. Heureusement que ton auteure, Donna Tartt, ne sort qu’un livre tous les 10 ans. Sinon mes étés y passeraient, et la concurrence serait terrassée. Rendez-vous donc en 2024. Je pourrai attendre ton frère, ton jumeau, ton cousin; je serai prêt pour lui aussi.

Le tableau éponyme

Le tableau éponyme

Ta première phrase : « J’étais encore à Amsterdam lorsque j’ai rêvé de ma mère pour la première fois depuis des années ».

Ta dernière phrase : « Et j’ajoute mon propre amour à l’histoire des amoureux des belles choses, eux qui les ont cherchées, les ont arrachées au feu, les ont pistées lorsqu’elles étaient perdues, ont oeuvré pour les préserver et les sauvegarder tout en les faisant passer de main en main, littéralement, leurs chants éclatants s’élevant du naufrage du temps vers la prochaine génération d’amoureux, et la prochaine encore ».

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